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 Non. Pas du tout. Je ne dormais pas. Qu'est-ce qui vous fait penser ça ?

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Alekseï Alkaev
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Date d'inscription : 15/08/2012

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MessageSujet: Non. Pas du tout. Je ne dormais pas. Qu'est-ce qui vous fait penser ça ?   Sam 18 Aoû - 11:19

Il serait de bon ton que vous évitiez les tenues trop décontractées, monsieur Alkaev.
Pensez à ne pas exposer vos tatouages devant les élèves, monsieur Alkaev.
Ce ne serait pas leur donner le bon exemple.
Et vous seriez bien aimable de ne pas fumer dans votre bureau, monsieur Alkaev, la loi…
Bla bla bla, monsieur Alkaev…


Et cætera ; et cætera… L’incriminé se contenta d’afficher un sourire hypocrite mais des plus convaincants, acquiesçant d’un air faussement affecté à toutes les remontrances déguisées en conseils qui lui furent servies pendant plusieurs minutes. Une fois ce petit laïus achevé, il salua son supérieur avant de filer dare-dare vers son bureau en prétextant un rdv avec un élève, de peur qu’on ne lui colle un document sous le pif et l’oblige à signer un accord concernant le port quotidien et obligatoire de la chemise-cravate. Plutôt crever que de se déguiser en pingouin tous les matins. Et vu le standing de l’établissement, il n’aurait même pas été étonné qu’on lui réclame ce genre de conneries.

Heureusement, ce ne serait pas encore pour aujourd’hui. Soulagé de s’être extirpé des mains du commando des culs-serrés gardiens de la bienséance, il ferma la porte derrière lui après avoir pénétré dans l’espace dévolu à l’exercice de ses fonctions. Un bureau banal somme toute, puisque l’interdiction drastique de laisser un peu trop parler la fantaisie s’étendait également à la sphère décorative, bien entendu. Le pire était sans doute la couleur vert pastel à vomir qui recouvrait les murs. Une teinte apaisante, soit disant. Fraîche et rassurante à la fois, qui rappelait la nature, les petits oiseaux et devait induire une sérénité prompte à faire naître confiance et coopération chez les élèves qui défileraient dans la pièce. Mais bien sûr, le style hôpital de jour est délicieusement adapté et le responsable de ce choix, un putain de maître Feng-Shui, à n’en pas douter.

Non, vraiment, il faudrait qu’il les travaille au corps jusqu’à ce qu’enfin lui soit donnée l’autorisation de changer au moins cette immonde peinture. A ses frais même, tant pis. Mais elle commençait vraiment à lui sortir par les yeux, au bout de quelques mois à peine. Le reste, bien que classique à l’extrême, demeurait supportable. Un grand bureau de bois clair flanqué de deux fauteuils à l’assise de cuir confortable ; une bibliothèque couvrant deux côtés de la pièce et débordant d’ouvrages théoriques qu’Alekseï avait juré de ne plus ouvrir du restant de sa vie après avoir achevé ses études ; quelques tableaux sans âme mais passables, représentant des paysages neutres et paisibles, toujours dans un souci d’installer une ambiance détendue, pour le côté thérapeutique des choses, et tout de même chic, probablement histoire que les fils de nantis du coin ne se sentent pas trop dépaysés.

Le locataire des lieux avisa sa tenue et ne put s’empêcher de ricaner doucement. Même si son t-shirt bleu nuit n’affichait aucun slogan susceptible d’être classé comme provocation directe contre le règlement intérieur, et que les manches en étaient suffisamment longues pour dissimuler un tatouage lui clairement douteux, son jean noir n’avait rien d’un pantalon classieux et ses bottes paramilitaires ne pourraient jamais passer pour des mocassins Gucci. En clair, il ressemblait à un cambrioleur venu embarquer le matériel informatique pour le revendre à la sauvette, plus qu’au légitime propriétaire de cet espace élitiste. Une fois passé le bref instant d’hilarité que lui avait inspiré son manque total d’harmonie avec l’endroit, il mu sa carcasse fatiguée vers le fauteuil, bien décidé à s’y affaler et à replonger dans les dossiers des étudiants. Seulement, une vicieuse vision tentatrice s’interposa entre lui et sa bonne volonté au moment où il fit volte-face vers la porte. Sur le côté, trônait lascivement un sofa de velours grège aux courbes atrocement séduisantes. Du moins pour lui, qui ne s’y étendrait pas en perspective d’une analyse poussée de ses névroses et de ses angoisses, mais pour marquer quelques points dans le match qui l’opposait quasi perpétuellement à l’insomnie. Cette garce avait gagné la nuit précédente, comme tant d’autres fois auparavant et à la seconde où ses yeux cernés s’étaient posés sur le canapé, la vague d’épuisement jusqu’alors tenue en respect par une dose massive de caféine s’était mise en devoir de le ramollir jusqu’à la moelle.

Une petite sieste, c’est pas un crime ? Et puis, midi allait sonner et donc, comme tout le monde dans le bahut, Alekseï n’était plus sensé travailler durant deux bonnes heures. Sans compter que personne ne se pointait jamais pour bavarder durant la sacro-sainte pause déjeuner. Il balança son paquet de clopes et son briquet sur le bureau avant de voguer direction le sofa, s’abandonnant donc au besoin de piquer un somme, épousant de tout son long le moelleux relief de ce meuble certes plutôt moche mais proche du divin pour lui dans ces circonstances. De toute manière, la sonnerie de reprise des cours le réveillerait à temps pour ne pas se faire pincer ; si ce n’était un de ses récurrents cauchemars qui se chargeaient régulièrement de cette besogne. Ses paupières ne tardèrent pas à se fermer et lentement, il se mit à dériver vers les limbes de l’inconscience…
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