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 There is a hole in my heart tonight

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Alekseï Alkaev
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MessageSujet: There is a hole in my heart tonight   Sam 18 Aoû - 13:12

Enfin, elle avait foutu le camp. La sonnerie stridente marquant le début du dernier cours de la journée l’avait poussée à cesser de piailler continuellement et la mélodie agaçante de ses paroles creuses s’était tue, pour le plus grand bonheur de celui qui était coincé là, forcé de l’écouter sans jamais parvenir à en placer une pour lui imposer le silence au moins une seconde. L’objet de son affliction n’était autre qu’une petite grue blonde, certes bien née d’un point de vue social mais dramatiquement oubliée par les bonnes fées question intellect. Autant ses bonnets possédaient un relief impossible à ne pas remarquer, autant sa personnalité était d’une platitude apte à désespérer n’importe qui capable de faire un tant soit peu fonctionner sa cervelle.

Mais semblait qu’elle n’était pas entièrement fautive non plus. D’après ce que la pauvre petite avait passé une interminable heure à lui expliquer, sa chère mère — ancien mannequin de profession remariée avec un magnat de la finance obèse mais nanti d’un compte en banque autrement mieux garni que sa virilité – lui avait toujours répété que le plus important pour harponner un homme se trouvait être un physique avenant d’une part ; et surtout, l’accès autorisé à ses charmes dans leur intégralité dès qu’une occasion discrète se présentait. Elle avait apparemment appliqué à la lettre les conseils avisés de sa génitrice et ne comprenait pas, « mais alors paaas du tout », pourquoi aucun des fils de riche qu’elle s’appliquait de bon cœur à faire jouir ne lui avait encore proposé de l’épouser. Et pire, son prénom était même tagué dans les chiottes de mecs, avec son numéro de portable et la mention « toujours ouverte » juste en dessous.

Le psychologue s’était violement mordu la lèvre pour contenir un éclat de rire et empêcher un sourire narquois de venir largement en étirer les commissures. La gamine s’était mise à pleurer, geignant entre deux hoquets que personne ne s’intéressait à autre chose que son corps, alors qu’elle aurait bien voulu parler aussi de temps en temps. Parce qu’il y avait plein de sujets qui la passionnaient ; les sacs à main de marque et les salons de beauté par exemple. Au contraire de ses habitudes et de son aversion pour les hochements de tête insipides prisés par certains de ses confrères, devant l’étendue de l’égocentrisme et du manque de discernement de sa patiente, Alekseï s’était résolu à sourire gravement en opinant du chef. Oui, ils sont odieux. Détestables et obnubilés par l’idée de fourrer leur engin partout aussi souvent que possible. Mais si tu ne leur donnais pas autant matière à te traiter comme une sous merde aussi, peut-être que ça changerait… Il lui aurait volontiers expliqué que, tristement, le problème venait en partie d’elle. Seulement s’eut été comme pisser dans un violon, tant la demoiselle était centrée sur son nombril et peu décidée à laisser son vis-à-vis transformer son monologue en une réelle et constructive conversation. Il avait bien tenté une percée, à la faveur d’une crise de sanglots plus longue que les autres, mais à peine esquissé trois mots qu’elle reprenait à la volée et lâchait une nouvelle salve de plaintes ininterrompues.
Bref, le glas avait retentit et l’annonce de la délivrance avec lui. Ce n’était pas très éthique mais en la voyant se lever et se diriger vers la porte, une sensation de plaisir et de pur soulagement envahit à la seconde le toubib.

« Merci. Ça m’a fait beaucoup de bien de vous parler. »

Et ce fut une torture de t’écouter. J’aurais préféré être coincé avec un groupe de parole mormon mais de rien… je suis là pour ça. Même pour lui et malgré toute sa bonne volonté, parvenir à continuer de porter un regard bienveillant sur ce type d’individu relevait du miracle. Et il n’avait rien du Christ, ni l’envie de jouer à tenter de lui ressembler.

« A la semaine prochaine, Mandy… »

Sa phrase résonna d’une pointe non dissimulée de désespoir, que la destinataire ne parut cependant pas percevoir. Quand la porte claqua et que le bruit de ses pas se perdit dans le brouhaha du couloir, Alekseï s’autorisa à exhaler un profond soupir, se renversant dans le cocon de cuir de son fauteuil, les yeux clos et les traits tirés. La douleur s’était réveillée depuis un moment, lui donnant la déplaisante impression que ses cellules implosaient tour à tour de l’intérieur ; jusqu’à celles de sa cervelle, à présent vrillées par une atroce migraine. Le moment était mal choisit pour perdre ses moyens ; une dernière consultation et la journée serait bouclée. Aussi fit-il appel à ses pilules favorites pour endiguer l’handicapante marée de souffrance qui s’abattait sur lui et la nausée persistante qui l’accompagnait pour parfaire le tout. Deux cachetons, avalés avec une longue lampée d’alcool et le tour serait bientôt joué.

Le thérapeute alluma ensuite une de ses tiges à cancer et ouvrit le dernier dossier présent sur son bureau. Abriel Vaughan. Le jeune homme s’était vu gratifié de la place de priorité express durant la réunion du matin. Les hautes instances du lycée s’alarmaient devant l’échec d’intégration qu’il menaçait de représenter, ne s’étant entre autre guère lié avec ses camarades depuis son arrivée. Alekseï nota qu’ils se faisaient plus de soucis de voir leur réputation entachée par un éventuel fiasco que pour le réel épanouissement de l’élève concerné. Rien d’étonnant, mais ce constat n’en demeurait pas moins gerbant. Ce qu’il ne manqua pas de leur exposer, de façon plus ou moins diplomatique. « Faites quelque chose », point. Ce fut l’unique réponse qu’il obtint.

Soit. Le dossier d’Abriel était succinct mais éloquent. Plusieurs faits avérés de violences s’y trouvaient répertoriés ; ainsi qu’une condamnation pour viol et meurtre, dont la sentence fut l’obligation de poursuivre sa scolarité entre ces murs, avec la menace sous-jacente d’un séjour prolongé derrière les barreaux à la moindre incartade. Il semblait que le jeune homme se tenait à carreaux depuis son arrivée dans l’établissement, cela dit. Tout ce qu’on pouvait lui reprocher apparemment, c’était un manque d’envie de se mêler à des gens du type Mandy ; chose qu’Alekseï approuvait ardemment.

Restaient tout de même beaucoup de zones d’ombres, entre autre au sujet de ce qui avait pu mener le garçon à des actes aussi extrêmes. Seul l’intéressé pouvait lever le voile là-dessus mais l’amener à se confier ne serait certainement pas aussi aisé que de lancer le moulin à parole décoloré qui venait de le quitter. Exhalant un épais nuage de fumée âcre et bleutée, celui à qui incombait désormais cette tâche ardue songeait que ce face à face se révèlerait sûrement autrement plus intéressant que le précédent…
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Abriel B. Vaughan
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MessageSujet: Re: There is a hole in my heart tonight   Ven 24 Aoû - 11:47

[HS. J'ai mis un peu plus de temps pour répondre. Une de mes collègues a pris congé cette semaine et j'ai du la remplacer au dernier moment. Aussi, pardon pour la longueur, j'ai pris sur moi de raccourcir. Je n'ai plus le temps pour des milles mots et je préfère répondre rapidement qu'en longueur. ;)]

Il ne manquait plus que ça, songea l’adolescent assis sur son lit, occupé à faire des ronds de fumée. La direction s’acharnait vraiment sur son compte. D’abord on lui imposait de demeurer ici au moins quatre soirs par semaine, on le retenait même parfois pour des retenues le samedi matin. On lui avait collé sur le dos la pire des plaies imaginables : Princesse Avril. Il avait du la supporter de son mieux et cela n’avait finalement servi à rien. Les attitudes de la petite bourgeoisie le dégoûtaient tellement qu’il avait décidé de lui-même de mettre fin à cette « alliance » forcée, même s’il avait dû renoncer à la rémunération qui lui avait été promise. Il grommela, respira l’air vicié de sa chambre.

Il n’ouvrait jamais la porte pour autre chose que circuler. Il fumait constamment dans cette pièce sans fenêtre, et sa colocataire lui avait fait la remarque, une fois, qu’elle avait failli mourir asphyxiée en voulant aller mettre quelque chose sur son lit. Eh bien, qu’elle s’abstienne de vouloir rendre service, la prochaine fois. Abriel avait haussé les épaules, désintéressé. C’était sa chambre, la seule partie de ce logement pourri qui lui appartenait au moins un peu : il pouvait bien y faire ce qui lui plaisait, non ? Parce qu’apparemment, en dehors de cette petite chambre, il n’avait aucune liberté, et l’on cherchait à contrôler le moindre de ses gestes, à garder un œil sur toutes ses allées et venues. Ici, au moins, on lui fichait la paix. Un peu.

Un coup d’œil à l’horloge sur le mur lui apprit qu’il devrait peut-être se bouger un peu s’il ne voulait pas être en retard. Mais il n’avait aucun intérêt à arriver à l’heure, et resta donc assis quinze minutes de plus, même après que sa cigarette n’ait été entièrement consumée. Il l’écrasa dans le cendrier et s’étira, faisant craquer chacune de ses articulations, grommelant un peu. Ça devait faire quelques heures qu’il se tenait dans la même posture. Il enfila un t-shirt, un vieux truc blanc trouvé il ne savait plus où, avec un logo de superman sur le devant, tellement délavé que ça ressemblait plutôt au logo d’une pizzeria de quartier.

Il sortit sans saluer ses colocataires. De toutes façons elles ne lui portaient aucun intérêt, et il le leur rendait plutôt bien. Il quitta le bâtiment des résidences et s’engagea sur le sentier qui menait au bloc principal, avec tous les bureaux, la direction et les rassemblements du personnel. Il croisa quelques-uns de ses professeurs dans le couloir, et ne salua du regard que la Señora Gomez, le seul adulte de cette école qui s’adressait à lui sans condescendance. Il faut dire que d’avoir accepté de donner des leçons à sa fille l’avait fait remonter de beaucoup dans l’échelle d’estime de l’enseignante. Elle lui rendit son salut et continua de vaquer à ses occupations.

Après cette petite marche de santé, Abriel se retrouva devant une porte. Dessus, il était écrit « en consultation ». Ouais, avec moi, marmonna l’adolescent. Sauf qu’il était en retard. Il entra sans frapper et s’assit sur un fauteuil, comme si c’était la chose à faire en pareille cas. Ça devait l’être … Il avait vu plusieurs psys durant son procès, qui avaient essayer de lui trouver des petites bêtes dans la tête. Ils n’étaient arrivés à rien d’autre que de prouver qu’il éprouvait un très grand mépris à l’égard de l’Homme. Ce procès n’était pas terminé. Il était en pause, si on pouvait dire. Abriel savait pertinemment que cette escale à Black Velvet ne servait qu’à gagner du temps jusqu’à sa majorité, pour qu’on puisse alors le condamner comme un adulte.

De l’autre côté du bureau, il y avait le psychologue, qui ne ressemblait en rien à ceux qu’il avait rencontrés avant. Légère différence au niveau du look : celui-là n’avait en rien l’air d’un « professionnel ». Mais il était assis derrière ce bureau, ses diplômes étaient au mur. Cela suffit pour Abriel à en faire un vrai psy, et à prendre de l’avance pour se fermer à toute forme de dialogue. Celui-là n'obtiendrait rien de plus que les autres : c’est-à-dire des réponses directes à des questions tout aussi directes qui seraient sans doute prises pour des mensonges.
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