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 Don't panic [Délia]

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Abriel B. Vaughan
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MessageSujet: Don't panic [Délia]   Lun 29 Aoû - 19:30

L’entretien avec les deux directeurs de l’établissement avait été pénible. C’était à se demander d’ailleurs pourquoi on avait planté deux têtes à ce poste plutôt qu’une seule. Un seul proviseur aurait amplement suffit à l’ennuyer, de ce qu’en pensait Abriel. Ses épaules frêles s’étaient affaissées dès qu’il avait pu se retrouver seul dans sa chambre, la porte fermée derrière lui. Il lui faudrait installer un verrou. Il n’avait pas confiance en ces personnes qui partageaient la résidence avec lui. Non pas qu’elles aient un air peu fiable. Le fait est qu’il se savait lui-même de peu de confiance et préférait attribuer à tout le monde ses propres défauts d’emblée, afin de n’être jamais surpris par la part d’ombre qu’il savait se cacher en chacun.

Il allait bientôt être 23 heures. Il avait passé pas loin de trois heures assis à côté de son lit à regarder le mur fixement, comme s’il avait été persuadé qu’à force de le regarder, il eut fini par se désagréger. Son sac n’était pas encore défait. Et il ne le déferait pas. Il ne croyait pas qu’on puisse le laisser ici indéfiniment. Ces gens finiraient bien par le renvoyer hors de leur petit monde léché et plat. Oui. Quelques jours. Quelques semaines tout au plus avant que les choses ne reviennent à la normale. On se rendrait bien compte que ce programme était voué à l’échec, qu’on ne remettait pas un individu dans le droit chemin en lui montrant à quel point sa vie est médiocre. Oui, il serait bientôt hors d’ici. Il espérait sincèrement que ça soit le cas, car si l’ennui ne le tuait pas déjà, ce serait l’inquiétude qui finirait par s’en charger. Ne voir sa mère que les weekend serait une source de stress insupportable pour l’adolescent. Il passerait toute la semaine à se demander si elle ne manquait de rien, car il savait qu’elle ne mettait plus le nez dehors depuis longtemps. Il faudrait qu’il remplisse le réfrigérateur chaque fois qu’il partirait. Il faudrait qu’il pense à l’avance, plutôt qu’au jour le jour comme il l’avait toujours fait. Et il croyait sincèrement que ça n’était pas sain pour sa mère de ne voir aucun autre visage que ceux de ses clients, bien qu’il aurait donné cher pour changer de place avec elle à cet instant.

Il marmonna quelques mots pour lui-même, ennuyé, et se redressa d’un seul mouvement lent qui fit craquer plusieurs de ses os, un à la suite de l’autre. Il fit quelques pas dans la chambre et jeta un regard mauvais à son sac. Les deux directeurs le lui avaient fouillé et lui avaient confisqué un petit sac d’herbe et son papier à rouler. Il faudrait qu’il sorte à un moment ou à un autre pour s’en procurer. En pleine ville, ça devait être plutôt facile de dénicher de la came. Il sortit de sa chambre, jeta un œil dans le couloir et remarqua de la lumière sous le pas de la porte d’une des chambres. Il se fichait bien de déranger qui que ce soit, toutefois, pour sortir de la résidence il prit bien soin de produire le moins de bruit possible. Dès son plus jeune âge, il avait appris à être discret comme une souris, craignant de causer une frayeur à sa mère ou de la déranger. Il sortit donc à pas de loup, descendit les escaliers jusqu’à la porte du bâtiment et une fois dans l’air frais de la nuit, il enfonça les mains dans ses poches. Il constata que comme on le lui avait dit, la grille de Black Velvet était fermée, séparant le terrain de l’école du reste du monde.

L’argent serait bientôt une préoccupation pour lui. En effet, s’il devait faire les courses pour sa mère, il pouvait plus difficilement les faire pour lui-même, privé qu’il était de son gagne-pain habituel, dont une grande partie allait à sa mère, de toute façon. Même s’il recevait quelques clients le weekend, il serait serré, il le sentait. Il faudrait qu’il trouve le moyen de faire des affaires ici. Dans le même domaine peut-être … Après tout, quelques uns de ses clients habituels avaient le même pédigrée que les gens fréquentant Black Velvet. Il y avait sans doute possibilité de se refaire une clientèle notable. Mais il faudrait qu’il tâte le terrain avec prudence avant. Ou peut-être qu’il ferait autre chose. Après tout, il était partant pour à peu près n’importe quoi. Il trouverait bien. Il soupira, enfonça la main dans la poche de son jean et en ressorti sa dernière cigarette, tout ce qui avait survécu à l’examen des directeurs, ces deux abrutis. Il l’aurait bien fumée maintenant … mais son briquet, lui, ne faisait pas partie des survivants du sinistre. Il allait ranger le petit cylindre rempli de tabac dans son jean.

Mais son attention fut attirée par du mouvement au loin, dans les jardins. Enfin, dans le noir, il supposa que c’étaient des jardins, au vu des formes mouvantes et ondoyantes qui s’agitaient à quelques mètres de lui sous les reflets de la lune. Il plissa le nez, tenta de voir un peu mieux. Il décida de s’approcher, essayant de voir s’il s’agissait d’un adulte ou d’un adolescent. Il ne s’était pas informé, mais il doutait que les élèves soient autorisés à se balader à n’importe quelle heure sur le terrain de l’école. Pourtant, il constata qu’il n’était pas devant un adulte mais bien devant quelqu’un de son âge. Sortant de l’ombre, il décida de tenter le coup. Il s’éclaircit la gorge.

« T’aurais pas du feu ? »
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Délia Gomez
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MessageSujet: Re: Don't panic [Délia]   Mer 9 Nov - 21:44

Elle n’aurait jamais dû accepter la folle proposition de Sheree, mais comment pouvait-elle refuser alors que même Kathryn consentait à jouer les rebelles? Non, elle préférait mourir calciner au bûcher ou engloutir un baril plein de grosses limaces visqueuses plutôt que de paraître plus faible ou moins brave que Kathryn. Quand même, elle aurait dû se douter que les ennuis la suivraient même en dehors de l’enceinte de l’école, et l’accompagneraient à son retour.

« Tu es vraiment une p’tite sotte, Délia. »

Néanmoins, elle s’était bien amusée… du moins lorsqu’elle ne craignait pas de foncer tête baissée dans son horrible madre. Après les cours, Sheree les avait convaincues, Kathryn et elle, d’aller se balader à l’extérieur des murs de cette prison hautaine et froide. Elle avait séduit ses amies grâce à de généreuses descriptions savoureuses sur les restaurants qu’elles allaient croiser, et sur les succulentes pâtisseries qu’elles allaient pouvoir avaler. En effet, Kathryn et Délia étaient de loin les jeunes filles les plus gourmandes de Black Velvet.

Cependant, Sheree... – Délia aurait dû se méfier – les entraîna dans des endroits peu recommandables comme dans certaines boutiques érotiques, déposant entre leurs mains incertaines et tremblantes des objets odieux, de forme et de dimension hallucinantes et obscènes. Délia tâtonna son sac à main et frôla l’horrible chocolat en forme de phallus érigé. Elle frissonna. Sheree avait tenu à leur acheter un petit souvenir de leur soirée entre filles.


« La bruja ne doit pas tomber sur ça... »


Délia maugréa, mais si bas que même les oreilles les plus expertes n’auraient pu comprendre ses paroles. Avec une mère comme Victoria Gomez, on apprenait à garder profil bas, et à jurer d’une façon quasi-silencieuse. Sheree, Kathryn et elle avaient perdu la notion de temps. Lorsque le ciel fut noir depuis quelque temps, Kathryn, en prenant conscience de l’heure tardive, hoqueta de frayeur et les incita à se dépêcher. Une fois le couvre-feu mis en place, les grilles fermées et verrouillées, personne ne pouvait entrer dans l’enceinte de Black Velvet, encore moins en sortir. Elles s’étaient donc précipitées et même lorsqu’elles eurent franchi les grilles de la muraille, les trois adolescentes continuèrent leur course effrénée.

« Mais j’ai pas de chance, je n’ai jamais eu de chance. »

En effet, la cheville de Délia trouva soudain amusant de se tordre de méchante manière, entraîna sa propriétaire dans une chute inévitable. En avant, Sheree et Kathryn ne l’entendirent pas s’écrouler et ne se retournèrent même pas pour s’apercevoir de son absence. Personne ne voulait être surpris à l’extérieur de leur dortoir en pleine nuit. Personne. Encore moins Délia. Elle grinça des dents à cette idée. Si sa folle de mère était mise au courant de cet évènement…

« Elle me ferait payer amèrement ma désobéissance au règlement. »

Délia, le visage dans l’herbe humide, son sac à main étalé au-dessus de sa tête, se trouvait incroyablement élégante d’autant plus qu’elle sentait un léger vent frais sur ses fesses, sa jupe ayant vraisemblablement été retroussée au moment de l’atterrissage. Elle rougit, grommela et entreprit de se redresser, tout en veillant à replacer correctement et pudiquement son vêtement indécent.

« Par chance qu’il fait noir, sinon… »

Se remettre sur pieds demanda un effort inhumain. Sa cheville endolorie la faisait souffrir et chaque mouvement déclenchait dans sa jambe un élancement douloureux. Délia tituba, boita et s’avançait de peine et de misère vers l’école, tout en jugeant judicieux de suivre la rangée de buissons taillés afin que son ombre soit dissimulée.

« Quand même, Sheree et Kathryn auraient pu m’entendre, ou l’une d’elles aurait pu revenir me chercher. »


Sa cheville intacte commençait à lui faire mal. Délia marmonna dans sa barbe, maudissant les dix prochaines générations de ses deux supposées meilleures amies. La laisser seule comme ça, dehors, dans le noir. C’était l’endroit rêvé pour tomber sur un monstre nocturne, sur une bête sanguinaire en quête de chair fraîche et jeune, sur un professeur dérangé aux tendances pédophiles ou pire… sur sa mère.

-T’aurais pas du feu.

Une voix rauque et diabolique provenant tout droit des Enfers retentit près de ses oreilles. Délia, les nerfs sensibles et déjà excités par ses folles pensées, glapit d’horreur, tituba de plus belle et jura avec une certaine intensité sous la douleur que lui prodigua sa cheville blessée en touchant le sol. Son regard atterré, horrifié chercha la source de son malaise et s’arrêta sur…



Sur…

La créature qui se dressait devant elle n’avait rien d’humain. C’était plutôt un mélange absurde entre le Jack de Tim Burton, un vampire affamé ou un Juif ayant séjourné un peu trop longtemps dans un camp de concentration. Un visage étroit et blafard la dévisageait, de petits yeux froids et ternes avalaient les siens, un grand corps maigre et tordu se maintenant entre elle et la chaude sécurité de son dortoir. Pis, une vague odeur sale et lourde emplissait l’air.

« Je vais mourir. C’est un mort-vivant venu tout droit me dévorer, un zombie, un vampire. Je vais mourir, ici, là, maintenant, alors que je n’ai rien accompli de prodigieux, alors que je n’ai même pas encore goûté à la vie, aux garçons. Je vais mourir. »

En effet, les réflexions de Délia Gomez étaient un brin excessives, un peu exagérées. Mais l’apparence peu alléchante, voire effrayante, de l’épouvantail vampirique anorexique encourage les délires fantaisistes de la jeune fille jusqu’à ce qu’elle réalise que…

« Tu aurais du feu…? Pourquoi… du feu? Pour me jeter de rôtir tout doucement et me dévorer ensuite? Délia, tu es vraiment une p’tite conne… »

-Euh…

Sa voix était chevrotante, à peine inaudible. La créature humanoïde l’observait curieusement, le froncement subtil de ses sourcils marquait l’interrogation. Ses épaules étroites et voûtées n’indiquaient en rien ses projets de l’attaquer. En fait, elle semblait plutôt ennuyée.

-Je… euh…

« Est-ce que c’est… »

-Du… euh… feu?

Machinalement, Délia fouilla dans sa trousse à la recherche d’allumettes. Des allumettes? Pourquoi aurait-elle des allumettes? Et pourquoi la créature désirait du feu? Lentement, Délia obliqua son attention vers son… euh… la chose qui, visiblement, semblait être de sexe masculin, vers son interlocuteur donc. Ses doigts rencontrèrent un paquet d’allumettes, mais sa mais hésita à se retirer du sac.

-Est-ce que t’es humain?

Et vlan! La question qui la taraudait méchamment s’extirpa victorieusement de ses lèvres, la laissant incertaine et un peu… embarrassée.

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Abriel B. Vaughan
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MessageSujet: Re: Don't panic [Délia]   Jeu 10 Nov - 10:49

Le jeune adolescent prit le temps d’observer l’étudiante qui se trouvait devant lui. Enfin, il devinait qu’il s’agissait d’une étudiante puisqu’elle avait l’air pétrifiée quand elle l’avait entendu. Les étudiants n’avaient pas le droit de sortir à cette heure : elle avait certainement peur de tomber sur un membre du personnel. Et puis elle avait un visage encore enfantin : elle n’avait rien d’une adulte, si ce n’étaient les formes. Des traits doux, gracieux, qui détonnaient avec l’expression d’horreur qui venait de se peindre sur son visage. Abriel arqua un sourcil, ne voyant pas ce qu’il avait pu faire pour la terrifier ainsi. Peut-être avait-il une araignée sur la tête. Il passa la main dans les cheveux, au cas où, machinalement, puis la laissa retomber le long de son flanc. La jeune fille n’avait pas changé d’expression et le regardait avec des yeux béants et la bouche grande ouverte. Parfois elle laissait échapper quelque chose qui ressemblait vaguement à des débuts de phrases, de mots. Des sons, quoi. Mais sans grande signification. La cigarette entre ses doigts commençait à trouver le temps long, ses doigts commencèrent à tapoter contre sa cuisse.

« Du… euh… feu? »

C’était auprès de ces élèves qu’il devait apprendre à devenir quelqu’un de meilleur, de civilisé et d’instruit ? Il soupira. Cette école était censée accueillir la crème de la crème et cette élève ne savait même pas répondre correctement à une question simple. Oui ou non. Réponse tout aussi simple. Non mais sérieusement … où est-ce qu’il avait atterrit ?

« Ouais, du feu. »

Il ne démontrait pas son impatience. Il se contentait d’employer un ton arrogant, comme un adulte qui s’adresse à un enfant quand il en a assez de tourner autour du pot parce que l’enfant ne comprend pas ce qu’on considère comme simple. Ce ton l’agaçait quand on l’utilisait contre lui. Et on l’utilisait souvent. Les gens de la cour le traitaient de haut, comme s’il ne comprenait pas ce qui se passait pendant son propre procès, comme s’il ne comprenait pas de quoi on l’accusait, ni pourquoi, ni quelles étaient les conséquences encourues. Les gens, de manière générale, le prenaient pour un arriéré. Parce qu’il était pauvre. Parce qu’il manquait d’éducation. Parce qu’il venait d’un milieu où on catégorise les gens comme stupides. Le fait était que les gens silencieux, on avait tendance à croire qu’ils étaient lents d’esprits, absents. Abriel était seulement très discret et n’aimait pas parler pour ne rien dire. Pas besoin d’acquiescer à chaque phrase prononcée : pourquoi ne pas se contenter d’écouter jusqu’au bout ? Commenter, discuter, interrompre … ça n’était tout simplement pas lui.

« Est-ce que t’es humain? »

Eh ben … c’était la première fois qu’on la lui sortait celle-là. Humain ? Il se retint de lui demander si elle était sotte. Mais il décida aussi de s’abstenir de répondre à une question aussi farfelue. C’était son droit. Encore un droit que les adultes interprétaient ou comme de la bêtise, ou comme de l’arrogance. Il y avait des cas où on ne pouvait simplement pas répondre à une question, et c’était justement l’un de ses cas. Répondre devait supposer qu’on prenait la question au sérieux, qu’on était soucieux de confirmer qu’on appartenait au genre humain. Le genre humain n’intéressait pas Abriel : qu’il en ait fait partie ou non, il s’en serait moqué. Qu’on le perçoive comme un alien, comme cette fille avait l’air de le faire, il pouvait très bien vivre avec. Sa seule réponse fut un haussement de sourcil interrogateur, et un nouveau tic au bout des doigts. La cigarette tremblota, quémandant son du, à savoir le feu tant désiré et froidement ignoré. Il décida de revenir à la charge. Cette jeune fille avait l’air tétanisée – il ne savait si c’était par sa vision ou sa propre bêtise – et elle n’avait pas l’air de vouloir bouger, ni répondre. Elle avait commencé à fouiller son sac et s’était interrompue pour lui poser cette question débile … Maintenant il voulait qu’elle reprenne son mouvement, que ce soit ou non pour lui tendre du feu, il s’en moquait. Il n’avait tout simplement pas envie de faire le pied de grue devant elle.

« Alors ce feu ? T’en as ou pas ? »

Oui, ou non. Elle ne pouvait décemment pas le décevoir deux fois sur une même question aussi élémentaire. Ça frôlerait l’indécence de la démence. La jeune fille ne répondit rien, mais elle termina le mouvement qu’elle avait amorcé un peu plus tôt. Elle sortit de son sac un petit carton d’allumettes et le lui tendit timidement, avec le bout des doigts qui tremblait. Décidemment … Avec nonchalance, Abriel étendit le bras pour saisir l’objet tendue presque à contrecœur, comblant la distance que le bras de la jeune fille avait hésité à franchir. Il coinça sa cigarette entre ses lèvres, ouvrit le carton, alluma un des petits bâtons et s’alluma. Il secoua l’allumette pour l’éteindre puis la jeta par terre d’une pichenette, quelques pas plus loin. Il observa la jeune fille un moment et, avant de lui rendre le carton d’allumettes, lui demanda s’il pouvait le garder ? Elle n’avait pas l’air de fumer elle-même vu comme elle avait l’air horrifié qu’il fume sur le terrain de l’école et se disait que ça lui servirait plus à lui qu’à elle. Quand même … des allumettes. C’était assez old school. La dernière fois qu’il s’était servi de ça pour allumer une clope … ça remontait à loin. Et pourtant, c’était moins chez qu’un briquet. Mais ce n’était pas comme s’il avait souvent du acheter un briquet, de toute façon. La plupart du temps, ils lui tombaient dans les poches spontanément, comme tout le reste. Il avait du se dire, à un moment, que de voler des allumettes c’était juste inutile et pitoyable, au prix que ça coûtait. Alors il s’était tourné vers les briquets. Tranquille, il souffla un long nuage de fumée sur sa droite. Ces chiens en cravate avaient beau lui dire qu'il manquait d'éducation ...
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Délia Gomez
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MessageSujet: Re: Don't panic [Délia]   Mar 15 Nov - 23:24

« Si on me surprend, ici, avec cet inconnu rachitique, je suis bonne pour la prison à vie. »

Mais Délia, au lieu de reprendre sa pénible marche, observait en silence, et avec une certaine fascination mêlée de terreur, cet étrange personnage, au teint blafard et au regard blasé, produire des ronds de fumée parfaits grâce à sa cigarette. L’odeur désagréable de la chose se répandait progressivement, bloquant les narines de la jeune fille de sorte qu’elle se glissa maladroitement sur la droite, évitant le vent porteur d’effluves cancérigènes. La créature se déplaça, et la lumière spectrale de la lune illumina faiblement ce visage émacié et laid… ainsi que cette longue et vilaine cicatrice qui lui dévorait la joue gauche. Délia sursauta, hoqueta, et palpa à l’instant son propre visage.

« Comment est-ce qu’il a pu se faire ça? C’est vraiment horrible. Ma parole, il est encore plus laid. C’est vraiment pas avantageux une cicatrice longue comme ça sur un visage. En tout cas, pas sur lui. J’abandonne définitivement la théorie du vampire, ces bestioles sont censées être vachement sexy, du moins c’est ce que racontent les histoires hollywoodiennes… Celui-là… en revanche me semble… »

Humain. Oui. Humain. Humain malgré ses allures douteuses, ses cheveux déteints, son regard terne mais perçant, malgré ses vêtements usés et décolorés… Ce type était curieusement humain. Blasé, inerte, insouciant.

« Mais qu’est-ce qu’il fait ici? Il pense que c’est l’endroit rêvé pour venir inhaler de la fumée secondaire, me la jeter au visage et ensuite écraser son mégot sous sa semelle, sur le sol de l’école? »

Délia, incrédule, impressionnée par l’impétuosité de la carcasse amorphe, modifia sa configuration faciale, de manière à ce que ses traits s’adoucissent et que sa grimace horrifiée disparaisse. Quand même. Elle était dans l’enceinte de Black Velvet, rien ne pouvait lui arriver. Sa mère était Victoria Gomez, la mégère de l’établissement, l’Hadès des enfers scolaires. Nulle main aux noirs desseins ne pouvait s’abattre sur elle. Et si c’était le cas, l’assaillant regretterait le jour où ses ancêtres lointains firent connaissance. Délia se souvint que Victoria avait vigoureusement et publiquement sermonné un jeune homme qui couvrait sa fille d’un regard indécent et torve lorsqu’elles dégustaient des pâtisseries dans un petit café. Sa mère avait également giflé un Italien qui lui avait pincé les fesses jusqu’à ce que ses joues deviennent violacées. Non, sa mère n’était pas le genre de femme que l’on contrariait.

« Mais est-ce qu’il sait au moins qui est ma folle de madre? »


-C’est pas vraiment malin de venir ici durant la nuit. Les portes sont fermées jusqu’au matin, tu seras pas capable de sortir avant quelques heures. Et si les gardiens t’attrapent, tu risques de passer un mauvais quart d’heure. Personne ne doit se trouver dehors, la nuit. Encore moins moi. Et surtout pas avec toi.

Ces derniers mots furent prononcés d’une voix basse bien que le léger tremblement démontrait toute l’horreur que ressentait la jeune fille si elle devait être surprise hors de son dortoir en compagnie d’un paquet d’ossements vivants. Elle glissa la ganse de son sac à main sur son épaule, évalua la distance qui lui restait à parcourir, et soupira de découragement, sans quitter d’un œil son interlocuteur silencieux.

« Je pense que même si j’avais voulu récupérer mes allumettes, il ne me les aurait pas données. Avec la tête qu’il a, il ne doit pas être assez gentil pour ça.»

Même si sa cheville meurtrie lui arrachait des grimaces de douleur dès qu’elle heurtait le sol, Délia avança de quelques pas prudents et irréguliers. Mais elle n’était pas rendue bien loin lorsqu’elle s’immobilisa et se détourna vers l’étranger. Même l’idiot le plus imbécile ne s’attarderait pas sur le campus. Encore moins un idiot pauvre. Un élan curieux tarauda Délia, l’incitant à ouvrir la bouche une nouvelle fois.

-Tu…

Elle s’humecta les lèvres.

-T’es qui au juste?

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Abriel B. Vaughan
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MessageSujet: Re: Don't panic [Délia]   Jeu 17 Nov - 8:24

Le jeune fille le regarda pendant un long moment alors qu’il fumait tranquillement. Lui s’en fichait. Avec ou sans public, il ne modifiait jamais sa façon d’être. La fille lui tint un étrange discours moralisateur, étrange venant de la bouche d’une personne de son âge, et qui se trouvait elle aussi à l’extérieur. Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire à lui, les interdits ? Il n’adhérait pas aux règles de vie de cet établissement, trouvant qu’elles le brimaient plus qu’autre chose, et il ne voyait pas l’intérêt de se plier à des règles alors qu’il n’avait même pas choisi de se trouver ici. S’il avait décidé lui-même de rejoindre cet établissement, il aurait sans doute fait preuve d’un peu plus de respect pour le règlement. Dans ce cas-ci, il crachait dessus et le piétinait sans s’inquiéter. Il fut content lorsque la jeune inconnue fit mine de vouloir s’éloigner. Il allait pouvoir être seul à nouveau, se détendre pour vrai plutôt que de supporter la présence d’une observatrice.

« Tu …T’es qui au juste? »

Et le plaisir fut de courte durée… songea-t-il. Comme quoi ça confirmait que les plus grands plaisirs – ici, la solitude – étaient toujours ceux ayant le moins d’amplitude dans le temps. Il soupira. Avait-il envie de répondre à cette question ? Pas le moins du monde. Le ferait-il ? Sans doute. Il tira une bouffée sur sa cigarette.

« Abriel. »

Il espérait que ça lui suffise. Mais lorsqu’il croisa le regard de la jeune fille, toujours posé sur lui, il lâcha un nouveau soupir.

« Je suis nouveau. »

Est-ce que cela suffisait ? Visiblement non. Le regard insistant était toujours posé sur lui et attendait une autre information. Cette fois il ne soupira pas mais laissa bien échapper un petit grommèlement d’entre ses deux lèvres pincées autour de sa clope. Il la prit entre ses doigts, levant les yeux au ciel, et débita ce qui lui passait par la tête et qui devrait rassasier la curiosité envahissante de la jeune fille, c’est-à-dire les informations que lui et les directeurs avaient échangées lors de leur première rencontre cet après-midi.

« 17 ans. Deuxième année. J’ai bio, chimie, philo, littérature, musique et création. C’est ma première journée oh et … si ça peut finir de combler ta curiosité et éviter que t’en demandes encore plus, on m’a planté dans la résidence numéro 27. Satisfaite ? »

Il ramena la cigarette à ses lèvres. Cette fois, qu’elle en ait eu assez ou non, il n’en dirait pas plus. Toute autre information le concernant était confidentielle. Son passé, sa famille, sa vie, son casier judiciaire, ses problèmes avec le tribunal des enfants, le programme Rusty Nail … Tout ça ne concernait que lui. Le simple fait que les deux Watson aient été au courant de ses ennuis avec la justice l’ennuyait. Ce programme « d’aide et intégration » était une véritable épine dans son pied. Il avait beaucoup mieux – ou plutôt beaucoup plus important – à faire que de rester cloîtré ici comme un moine pendant cinq jours de la semaine. C’était pas comme ça qu’il allait faire de l’argent. C’était pas comme ça qu’il aiderait sa mère à payer la maison, sa bouffe … sa drogue. C’était pas comme ça qu’il allait rembourser ses dettes et empêcher que les mecs à qui elle devait de l’argent viennent lui rentrer dedans à la maison. Il soupira à nouveau, ferma les yeux.

Il avait le sentiment très concret que son séjour ici ne serait pas une partie de plaisir. Déjà les étudiants le regardaient avec un air étrange, comme s’ils devinaient qu’ils n’appartenaient pas au même monde et qu’il n’avait rien à faire ici. Il se fichait bien du regard des autres. Mais ça ne serait pas pour autant une partie de plaisir. Il aurait préféré qu’on l’ignore complètement.
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Délia Gomez
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MessageSujet: Re: Don't panic [Délia]   Mar 6 Déc - 23:08

Abriel.

« Il n’a pas une tronche à s’appeler Abriel. »

En effet, selon Délia, la sonorité du nom évoquait un ange, beau et grand, auréolé de lumière, de pureté et d’humanité. Un ange qui apparaissait parmi Mehiel, Daniel ou encore Ariel – une ancienne professeure férue de créatures angéliques et de leur symbolisme lui avait cassé les oreilles à ce propos l’année dernière. Non, Abriel seyait davantage à un individu propre, poli et de bonne famille, de bonne éducation… non à ce manant désagréable et désinvolte qui la fixait avec une pointe d’exaspération et d’ennui. Déjà, la susceptibilité de la jeune fille lui titillait les cordes vocales.

-17 ans. Deuxième année. J’ai bio, chimie, philo, littérature, musique et création. C’est ma première journée oh et … si ça peut finir de combler ta curiosité et éviter que t’en demandes encore plus, on m’a planté dans la résidence numéro 27. Satisfaite ?

« Non, mais, han, Monsieur se prend pour qui? Il s’est regardé dans un miroir, récemment? Est-ce qu’il a un peu réalisé qu’il se trouvait dans un endroit trop classe pour lui? Normal que je pose des questions, je m’informe, c’est tout! N’importe qui de sensé, et d’un peu curieux, voire un peu stupide, poserait des questions en voyant ce grand dégénéré desséché dans l’enceinte de cette prestigieuse école! Qui l’aurait soupçonné d’être un nouvel étudiant… »

L’irritabilité de Délia Gomez n’exigeait qu’une étincelle tremblotante pour s’enflammer et exploser. Héritage maternel, c’est ce que son père lui répète et répète à son entourage au grand damne de Victoria Gomez. Sa mère avait également cette aptitude impressionnante de s’emporter rapidement, mais pour les bonnes raisons… sauf si un Italien était la source de sa frustration gomézienne – ou son insupportable mari. Et si c’était le cas…

-C’est pas vraiment ce que je voulais savoir, grand dadais, tu penses vraiment que ça m’intéressait de connaître ton emploi du temps et ton numéro de dortoir. Tant qu’à y être, tu aurais pu me confier tes mensurations, la couleur de tes boxers préférés, la marque de teinture que tu utilises ou le nombre de taches de naissance que tu as sur le corps. C’est comme si moi, je te disais, comme ça pour me présenter, que j’ai 17 ans aussi, que j’habite dans le dortoir 17 et que j’ai couture, graphisme, photographie, natation, art visuel et design de mode à mon horaire.

La bouche de Délia claqua avec raideur et surprise. La jeune fille dévisagea l’adolescent avec consternation et ravala de peine et de misère son angoisse exacerbée. Elle lissa ses cheveux nerveusement, évita soigneusement de regarder Abriel dans les yeux.

« Bravo, bravo Délia. Félicitations. Wow. Côté subtilité on y repassera. C’est une très bonne idée de balancer le numéro de ta résidence à un parfait inconnu, louche de surcroît, qui pourrait débarquer n’importe quand, avec n’importe qui, avec n’importe quelle substance insolite pour faire n’importe quoi de tes copines et de toi. Bah, non, il est bien trop maigre pour oser quelque chose… aucun muscle, que des os et encore, ils n’ont pas l’air fort fort. »

Malgré ses tentatives pour se rassurer, Délia éprouva une sourde anxiété qui lui tordait les entrailles. Pis, une petite voix malsaine, celle de la raison que l’on dit, lui susurrait des avertissements et lui prophétisait une sombre destinée.

-T’as rien entendu… rien. J’ai rien dit. Oublie tout ça… Si ma mère savait…


Délia se pinça l’arête du nez et inspira profondément. Elle n’avait aucun talent pour s’exprimer. Souvent, ses paroles dépassaient sa pensée. Et le plus souvent, ses propres mots le menaient irrémédiablement vers les ennuis…

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Abriel B. Vaughan
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MessageSujet: Re: Don't panic [Délia]   Dim 11 Déc - 22:43

Mais elle s’attendait à ce qu’il lui dise quoi ? Qu’il lui fasse le récit complet de sa vie ? Non. Hors de question. Les informations qu’il avait consenties à lui donner étaient les seuls qu’elle pouvait assimiler. Il le devinait. Cette fille n’avait pas été élevée dans l’optique de rencontrer un jour quelqu’un comme lui. Ça n’avait rien de vantard, ou quoi que ce soit dans ce genre. C’était simplement une constatation : dans un monde idéal, ces deux là ne se seraient jamais rencontrés. Le monde de la jeune fille n’était pas pour lui, et son monde à lui n’était pas pour elle. C’était aussi simple que cela. Elle aurait voulu qu’il lui dresse son pedigree, le nom de ses parents, sa lignée, les exploits de ses ancêtres ? Il n’avait pas de pedigree, pas de père, sa lignée était perdue quelque part et il n’avait aucune envie de la connaître, et le seul exploit qu’il connaissait à sa mère, c’était celui de tenir encore debout malgré tout ce qu’elle avait consommé dans sa vie et les coups qu’elle avait endurés. Raconter à cette fille qui il était et d’où il venait, ça ne l’enchantait pas, et il ne s’y plierait pas.

Mais la jeune fille parvint à lui arracher un sourire malgré lui, un sourire si bref qu’elle ne put vraisemblablement pas le remarquer. Malgré tout ce qu’elle venait de dire comme quoi les informations qu’il lui avait données étaient futiles et superficielles, elle lui largua une bombe d’informations semblables. Il cligna des paupières, se demandant comment quelqu’un pouvait se contredire ainsi sans même s’en apercevoir. Il la vit alors hoqueter. Ah. Si. Elle venait de s’en apercevoir.

« Dortoir 17 … je note. »

Il ne le notait pas vraiment. Mais c’était son genre d’humour. Humour rarement compris et rarement apprécié, il le savait bien. Mais c’était son humour. Un de ses clients aurait dit que ça le rendait un tantinet plus humain. Il ne le notait pas mais il s’en souviendrait, assurément, malgré lui. Parce qu’Abriel, lorsqu’il n’était pas complètement assommé par ce qu’il consommait, était très lucide et disposait d’une mémoire impressionnante. Le même de ses clients aurait sans doute dit que c’était souvent une caractéristique des gens mésadaptés socialement. Abriel eut un nouveau sourire. L’humour de cet homme lui avait toujours plu. Il lui devait certainement quelques unes de ses répliques cinglantes. Le sourire s’estompa aussi rapidement que le premier.

« T’as rien entendu… rien. J’ai rien dit. Oublie tout ça… Si ma mère savait… »

Abriel arqua un sourcil, porta lentement sa cigarette à ses lèvres et aspira une longue bouffée, calmement. Sa mère ? Elle devait avoir une mère castrante. Il en avait lui-même une assez douée en la matière. Mais il doutait qu’elles soient castrantes de la même manière.

« Ta mère saura rien, miss. Je serai discret. »

Il avait dit cela du même ton plat qu’il utilisait tout le temps, sans émotion particulière, sans sourire, sans malice. Il la regarda longuement. Il trouvait amusante sa manière de s’agiter, de pincer l’arrête de son nez comme si quelque chose de terrible venait de se produire et qu’elle devait retrouver son calme. Mais il ne s’était rien produit. Ils n’étaient que là, tous les deux, lui à fumer, elle à questionner. Et visiblement à ne pas aimer les réponses qu’il lui donnait. Il avait noté que lui et la jeune fille avaient un cours en commun. Il aurait l’occasion de l’y observer, de voir si elle était aussi agitée partout. Il se demanda si elle avait noté ce détail d’un cours en commun. Sans doute pas. On ne remarquait pas grand-chose quand on est aussi agité.

« Ça le fait, les cours de création ? »

Il se le demandait … surtout pour savoir s’il s’y rendrait.
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Délia Gomez
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MessageSujet: Re: Don't panic [Délia]   Mar 13 Déc - 23:40

-Dortoir 17 … je note.

« Seigneur… Tu me punis parce que je suis la fille de Victoria Gomez? Le produit d’une bestiole humanoïde et satanique qui s’est jurée d’exterminer les hommes jusqu’aux derniers? Pourquoi faut-il toujours que tu mettes sur mon chemin des cas pareils? Et s’il débarque au dortoir, qu’est-ce que les filles vont penser? Sheree hallucinera probablement des scénarios ridicules et embarrassants parmi lesquels j’occuperais le rôle principal alors que Kathryn s’évanouira d’effroi à la vue d’une entité masculine étrangère potentiellement dangereuse pour sa vertu et pour nos honneurs. »

Des images inquiétantes traversèrent l’esprit alarmé de Délia, mais s’estompèrent rapidement à force de persuasion et d’un maigre contrôle de soi. L’expression passive et inerte d’Abriel lui suggéra aussi que ses angoisses étaient sous doute le fruit de la frivolité de son esprit imaginatif. Néanmoins, un peu de prudence était de mise. Après tout, Abriel demeurait un homme, du moins à première vue, et selon Victoria Gomez les hommes n’étaient pas dignes de respect. Ils profitaient de la faiblesse féminine, manipulaient la femme par leurs paroles trompeuses, ne juraient fidélité et allégeance qu’à leur sexe ingrat et encombrant.

-Ta mère saura rien, miss. Je serai discret.

Délia dévisagea l’individu, le jaugeant avec un nouvel intérêt, sous un autre angle. En effet, comment un tel personnage dédaignant l’étiquette pouvait-il se présenter au bureau de Mme Gomez et lui avouer les méfaits scandaleux de sa propre progéniture? De toute façon, Abriel et elle-même se trouvaient en dehors de leur dortoir respectif, au risque d’être surpris par un gardien. Cette simple éventualité effraya Délia de sorte qu’elle se mit à surveiller nerveusement les environs, mâchant sa langue et triturant depuis déjà quelques instants la ganse de son sac à main. Et lorsque Délia est anxieuse, sa langue se délie davantage…

-Oui, c’est ça, soit discret. Il ne faudrait qu’on nous surprenne. Tu imagines un peu que le gardien nous attrape, je serais expédiée dès l’aube dans un couvent. T’imagines? Non, t’imagines pas. Tu peux pas aller dans des couvents. Au fait, ça existe encore des couvents? Il y en a pour garçons? C’est ça, soit discret, ma mère ne doit rien savoir, sinon je suis dans de beaux draps. Je dois suivre le règlement, tu comprends, sinon elle me le fera regretter, crois-moi. Je ne suis pas pourquoi je te raconte tout ça, ça doit pas t’intéresser. C’est ça, soit discret…

Délia, empourprée, haletante, humiliée, se tut. Elle évita soigneusement le regard de son interlocuteur, et tritura de plus belle cette pauvre ganse innocente. Elle espéra soudainement que la noirceur ambiante dissimulait son teint violacé, que cet épisode funeste de son existence n’était qu’un mauvais cauchemar qu’elle oublierait au réveil.

-Ça le fait, les cours de création ?

Prise au dépourvue, l’adolescente planta ses deux prunelles surprises dans celles d’Abriel, qui manifestèrent autant d’animation qu’un cadavre putréfié. Les cours de création, de quoi parlait-il? Délia se gratta le menton, inclina la tête, l’inclina de l’autre côté cligna des paupières comme une chouette abrutie.

-Euh… ben…

Ses yeux se plissèrent sous l’effort intellectuel.

-C’est sympathique. Le professeur n’est jamais satisfait, mais c’est motivant. En ce moment, on doit créer quelque chose, peu importe ce que c’est, mais c’est un autre étudiant de la classe qui termine notre projet. Pour ma part, j’ai conçu une robe, mais je la trouve parfaite comme ça. Je ne sais pas trop qui va être choisi pour l’abîmer.

Elle haussa les épaules, puis soupira.

-Les cours en création demandent un certain… talent, quand même. Et faut aimer ça. Un talent polyvalent, si on peut dire. Les jeunes écrivent, dessinent, font de la photo. C’est varié, j’aime bien. Je suis plus à l’aise avec la photo, la couture ou le dessin. Je suis pas très douée pour l’écriture, ni pour la musique, ni pour le théâtre encore moins pour la danse. J’ai la grâce d’une mouette… c’est ce que mon frère dit… Je sais pas vraiment pas pourquoi je te dis tout ça, moi… vraiment pas…

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Abriel B. Vaughan
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MessageSujet: Re: Don't panic [Délia]   Dim 18 Déc - 23:08

D’une fois à une autre, les gens qui parlaient pour éviter un silence, ou à cause du stress pouvaient lui susciter plusieurs réactions. Soit l’ennuyer, soit l’amuser. Bien sûr, quelqu’un qui ne parlait que pour s’entendre parler l’insupportait au plus haut point et n’entrait pas dans la même catégorie. Cette jeune fille, peu lui importait qui elle était, lui apparaissait plus comme faisant partie de la première catégorie. Elle était nerveuse, il le sentait. Sans doute respectueuse des règlements puisque de se trouver dehors à cette heure semblait lui faire une si grande impression. Lui, personnellement, ne voyait pas ce que ça avait de si énervant : profiter de l’air de la nuit était tellement plus agréable que de se trouver dehors en plein jour. L’air de la journée n’avait rien de charmant. La lumière rendait toutes les réalités sous un jour agressif, tellement précis. Il préférait observer le décor sous la lumière timide de la lune et des étoiles. D’ailleurs, il n’avait l’impression de réellement voir son nouvelle environnement que maintenant, presque vide. Lorsqu’il était arrivé un peu plus tôt, la lumière était à peine déclinante, et les élèves se pressaient sur les différents passages bétonnés. Encore quelque chose qu’il remarquait et qui le différenciait d’eux : l’emploi de chemins déjà tracés. Il eut un léger sourire, encore une fois. Inexplicable pour qui ne se trouvait pas dans ses baskets.

La jeune fille ne semblait pas, au premier abord, avoir entendu ou compris sa question. Il faut dire qu’il ne l’avait pas posée dans l’espoir d’avoir une réponse précise. Il se fichait de la réponse. Cours intéressant ou non, sa présence ne dépendrait que de son état le mardi matin au réveil. Si réveil il y avait évidemment. Mais sa question n’était pas totalement désintéressée. En fait, de tâter l’énergie et le style des cours était le réel motif pour lequel il s’informait. Cette école le laissait froid, jusqu’à présent. Tout lui semblait aseptisé et sans motif. Ou alors, si motif il y avait, il était trop régulier. Si régulier qu’il pensait s’y perdre sans aucun point de repère.

Mais la jeune fille répondit à sa question et lui apporta en même temps, sans le vouloir, des informations enfin un peu intéressantes sur elle-même. Donc elle n’était pas de ce cours sans raison. Elle était réellement créative, concentrée sur la couture, la photographie et le dessin. Il la devina aussi très attachées à ce qu’elle créait, vu comme elle considérait l’idée de mettre sa création entre les mains d’un autre être humain. Elle lui apprit aussi qu’elle était sans grâce et maladroite pour ce qui était de la danse. Il aurait pu le deviner aussi. Sa manière de se tenir debout, un peu gauche, un peu chancelante, le laissait croire. Elle avait un frère aussi, apparemment. Leur relation avait l’air … enfin. De celle d’un frère et d’une sœur comme il se l’imaginait.

« Je sais pas vraiment pas pourquoi je te dis tout ça, moi… vraiment pas… »

Il haussa les épaules à son tour.

« Réponse spontanée. Un mot en amène un autre, qui amène une phrase qui à son tour en amène une autre, etc. C’est une réaction normale lors d’un échange dialogué entre deux personnes. »

On pouvait dire que ça aussi, c’était une réponse spontanée. Toutefois sans doute pas ce que la jeune femme attendait. En fait, elle n’attendait sûrement pas de réponse. Sa question était fermée, sans ouverture. Mais il s’y était tout de même glissé, comme une anguille.

« C’était pertinent… Le plan du prochain cours de création vaut la peine que je m’y rende ou je serais mieux de rester couché ce matin-là ? »

Si le groupe continuait de travailler sur ce projet dont elle venait de parler, il valait peut-être mieux qu’il reste au lit puisqu’il n’avait strictement rien fait. Et strictement envie de rien faire. Le dernier cours auquel il s’était pointé datait d’au moins … huit mois.
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MessageSujet: Re: Don't panic [Délia]   Ven 6 Jan - 21:22

-Réponse spontanée. Un mot en amène un autre, qui amène une phrase qui à son tour en amène une autre, etc. C’est une réaction normale lors d’un échange dialogué entre deux personnes. C’était pertinent… Le plan du prochain cours de création vaut la peine que je m’y rende ou je serais mieux de rester couché ce matin-là ?



-Eh bien…

Ce genre d’interrogation la désarçonna. Dans son monde, les règles devaient être respectés et suivies minutieusement, sinon les représailles – familiales – s’avéraient terribles. Délia ne s’imaginait pas faire preuve d’initiative alors que l’ombre de sa mère la surplombait constamment, menaçante et le surveillait étroitement. Elle devait aller à ses cours, faire ses devoirs, récolter de bons résultats scolaires, fuir les ennuis et éviter tout contact avec des individus louches et immoraux. C’est pourquoi sa présence aux cours était obligatoire, et la raison de son étonnement alarmant face à la question posée. Si, par malheur, son absence était signalée à sa mère, ce qui était toujours le cas, alors Délia ne payait pas cher de sa peau. La jeune fille doutait fort que la mère de ce garçon le sermonnait parce qu’il négligeait d’aller à ses cours. Par ailleurs, le regard de Délia croisa celui de son interlocuteur. Ses yeux étaient plissés, mais bien rivés sur elle, perçants et ternes à la fois. Son visage cadavérique était inerte, indéchiffrable, d’une pâle de craie. Elle crut cependant y percevoir une certaine lassitude, un entrain totalement inexistant et probablement jamais présent.

-Tu sais… je ne suis pas la bonne personne pour te répondre. (Délia tortilla nerveusement une mèche de cheveux noirs au bout de l’un de ses doigts, tout en jetant des regards ici et là.) Ma madre est un véritable démon, l’un des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse venu sur terre semer le désordre et la destruction. Et encore, j’exagère même pas. Si je devais manquer un cours, elle me passerait un savon mémorable… Pourquoi est-ce que je te dis tout ça, moi?

« La nervosité, c’est vraiment pas mon truc. Sa façon de me regarder, sans réagir, m’embarrasse. Le seul mouvement qui prouve qu’il est encore en vie se manifeste par le déplacement lent et pénible de sa main, portant et retirant la fine cigarette rougeoyante. Ses lèvres s’entrouvrent lentement, doucement, et expulsent une légère fumée grisâtre. Je suis fascinée, quand même, je dois l’avouer. »

Délia Gomez se racla la gorge, adressa à l’étranger un timide sourire, un brin paniqué, puis piqua un fard.

-Mais, en toute honnêteté, je trouve que le cours est intéressant. Et, tu sais, s’absenter pendant les cours, c’est vraiment pas bien vu. Tu vois. Mais j’imagine que ça ne te dérange pas, ça. T’as pas l’air du type qui se préoccupe tant que ça de ses études. Tu comprends, moi, si je t’imitais, je mériterais une rossée exemplaire. Et puis, si tu as choisi ce cours, c’est qu’il doit t’intéresser, non?

La jeune fille s’arrête, haletante. Son regard détaché, et pourtant saisissant, la rendait mal à l’aise.

« Est-ce que je l’ennuie, je l’amuse? J’arrive à ne rien distinguer sur ce visage plongé dans la pénombre, sorti tout droit d’une autre dimension. »

-Au fait, je ne veux pas paraître mal polie et tout, mais… et le prends pas mal, mais… qu’est-ce que tu fais ici? Je ne suis pas train de dire que tu n’as pas ta place ici, après tout, ce ne sont que les riches et les gosses de bonne famille qui sont acceptés à Black Velvet…

Les yeux de Délia s’agrandissent d’un coup sous la terreur, et elle secoue ses mains devant elle comme si l’étudiant avait amorcé un mouvement agressif, mais il demeurait immobile, se contentant d’absorber sa dose de nicotine.

-Je ne voulais pas rabaisser ton rang social, ni même ta famille… et je ne voulais pas dire par là que je te jugeais à cause de ton rang social, enfin si un peu, mais là n’est pas la question.

La jeune fille inspira profondément et tenta de maîtriser les flots de panique que la submergeaient.

-Mais… pourquoi Black Velvet?

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Abriel B. Vaughan
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MessageSujet: Re: Don't panic [Délia]   Mer 11 Jan - 9:13

Pas la bonne personne… Évidemment. Il aurait dû s’en douter. En fait, il s’en doutait. Encore une fois, elle parla beaucoup et d’abord pour ne lui donner qu’une réponse vague, évasive. Il releva un sourcil quand elle lui parla de sa mère. Un chevalier de l’apocalypse, vraiment ? Il serait curieux de voir ça en action. Puis elle finit par lui amener une réponse qu’il recherchait. C’était apparemment un cours intéressant, qui valait la peine qu’on s’y rend. Ben voilà. C’était pas si compliqué d’en arriver aux faits … Mais la voilà qui spéculait sur son compte … Il soupira. Et puis quoi encore ? Non, en effet. Il n’était pas du genre à se soucier de ses cours. Il savait ce qui l’attendait de toute façon dans l’avenir : la prison. Il aurait aimé l’éviter, de quelque façon. Le projet Rusty Nail disait lui en offrir l’occasion. Mais Abriel n’était pas dupe : il ne croyait pas sa réinsertion possible, surtout pas dans un milieu comme celui-ci, où tout lui semblait étranger. Ils auraient pu choisir une école moins pincée pour lui. Ça aurait pu marcher. Tout ce que Black Velvet faisait, c’était de remettre son procès à plus tard. À dix-huit ans, il le savait, ce serait direct derrière les barreaux. Il hocha la tête.

« C’était dans les trucs qui me paraissaient le moins chiant. »

Pour un gars qui recherchait des trucs « pas trop chiants », il avait pris de drôles d’option casse-gueule : philosophie, biologie, chimie. Pas chiant donc. Plutôt des choses pour lesquelles il avait de l’intérêt. Il avait pris musique sans trop savoir. Depuis tout petit il avait voulu jouer du piano mais n’en avait jamais eu l’occasion. Il n’Avait sans doute pas le moindre talent pour ça, ni même pour la création, mais instinctivement il s’était tourné vers ses matières. Il aimait la musique. Ça suffisait sans doute.

-Au fait, je ne veux pas paraître mal polie et tout, mais…[b]

Hmm, songea-t-il. En général ce genre d’introduction signifie qu’on va l’être mais qu’on essaie d’adoucir la chose. Et en effet, la jeune fille manqua grandement de délicatesse. Mais ça Abriel s’en moquait. Il n’était pas du genre à s’en faire avec ce que les gens pensaient de lui. Elle devinait qu’il appartenait à une autre classe sociale ? Bien. Il savait qu’il faisait tache parmi les faux culs de cette école. Elle sous-entendait aussi qu’il provenait sans doute d’une mauvaise famille … Certes. Mais elle ne pouvait pas le deviner à sa manière d’être et de paraître. C’était un simple préjugé plutôt qu’un constat. Il porta la main à son cœur et fit une grimace.

«[b] Ouch …
»

Pourquoi Black Velvet ?

« Comme ça. Une occasion qui se présente. Et si je me fie aux deux clowns qui sont à la tête, quand on en a l’occasion, on la laisse pas passer. »

Il aurait volontiers laissé la place à d’autres. D’autres qui méritaient sans aucun doute plus que lui de se trouver là. Et avec les listes d’attente dont on lui avait parlé, il devinait que beaucoup de gens attendaient depuis longtemps leur entrée ici et qu’il leur était passé devant comme un connard. Il devait y en avoir aussi un sacré paquet qui avaient été envoyés de force ici par leurs parents, des petits vauriens pourris gâtés que les parents voulaient éloigner de la maison pendant la semaine. Ce n’était sans doute pas le cas de cette petite. Elle avait l’air trop sage pour que n’importe quel parent fut tenté de s’en débarrasser. Bon … il en connaissait une qui l’aurait tenté : sa mère à lui. Tout ce qui s’appelait « progéniture » était une nuisance. Il tira une dernière bouffée de sa cigarette. Elle tirait elle-même sur sa fin. Probablement le temps de mettre une fin à cette conversation. Il jeta l’objet à terre et l’écrasa du bout de sa chaussure. Sans rien dire, il tourna le dos à la jeune fille.

« J’te vois demain en classe. »

Il irait au cours.
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Don't panic [Délia]

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