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 Affaires de famille [pv Délia]

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Victoria Gomez




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MessageSujet: Affaires de famille [pv Délia]   Ven 10 Fév - 11:18

Ce weekend, Frederic était absent. Des affaires juridiques l’occupaient à l’extérieur du pays. Victoria en avait donc profité pour rentrer à la maison, faire le plein d’un peu de vie privée, prendre congé de son colocataire, Sharpe. Un homme fort chaleureux, certes, mais plutôt bruyant quand elle avait plutôt besoin de se reposer. Ce qui était le cas. Elle avait eu une semaine chargée à l’école, et ça faisait deux semaines qu’elle n’était pas passée à la maison. Elle pourrait prendre de nouveaux vêtements et, à son grand damn, terminer les corrections qu’elle laissait traîner depuis trop longtemps déjà. Un professeur … ça ne connait pas la notion de fin de semaine. Heureusement qu’il y avait les vacances d’été. Et encore. Ça l’obligeait à demeurer à proximité de son mari et les disputes se multipliaient.

Elle arrêta la voiture dans l’allée et regarda dans le rétroviseur. Zachery avait une mine renfrognée et ses écouteurs sur les oreilles, Délia avait les yeux rivés à son téléphone portable et travaillait l’agilité de ses pouces en envoyant un million de messages texte : le bruit incessant des touches avait meublé le silence durant le voyage. À peine coupa-t-elle le moteur qu’elle vit son fils ouvrir la portière, prendre son sac et se diriger vers la maison. Elle soupira, ramassa ses clés, son sac et alla à l’arrière prendre sa valise, et aussi celle de son fils, qui n’avait pas jugé bon de donner un coup de main. Délia, elle, n’avait qu’un sac : dans lequel elle avait tout fourré en une pile informe. Qui hériterait de la corvée de repassage ? Victoria leva les yeux au ciel et suivit sa fille jusque dans la maison.

On voyait bien, en entrant, que pendant les deux dernières semaines c’était un homme qui avait entretenu les lieux. L’ordre de Victoria était entièrement dérangé. Ça n’était pas en désordre. Seulement tout n’était pas à sa place logique. Machinalement, elle repoussa les petits appareils électriques sur le bord des murs plutôt que sur le bord du comptoir, elle tira les rideaux, s’attarda longuement dans les pièces communes, remettant les jetées sur les sofas, les coussins en place. Elle remettait toujours le plus tard possible le moment d’entrer dans leur chambre, redoutant l’état dans laquelle elle la trouverait. Désordonnée, les draps défaits de son côté, les dernières émanations d’un parfum féminin, ou de la combinaison de plusieurs parfums. Elle demeura plutôt dans la cuisine, laissant les sacs et valises près de l’entrée. Il y avait une note sur le réfrigérateur, de la main de son mari. « Professeur privé de Délia appelé : pas motivée, travaille peu, résultats catastrophiques. Abandonne. Trouve un nouveau. » Le papier dans les mains, Victoria tapota le comptoir, plutôt mécontente. Elle acceptait que sa fille ne prenne que des cours dirigés sur l’art ou le sport, à la condition que celle-ci prenne des cours privés et travaille des matières plus intellectuelles telles la philosophie, le français, les mathématiques et l’histoire. Des matières importantes pour la vie future. Mais voilà un troisième professeur qui venait lui dire que sa fille ne mettait pas d’efforts là-dedans.

« Délia ! Viens ici s’il-te-plait. »

Le s’il-te-plait n’avait rien de complaisant et camouflait très mal l’ordre dissimulé derrière la demande. En attendant que sa fille ne pointe le bout de son nez, Victoria s’affaira encore un peu, examinant le contenu du réfrigérateur – des courses s’imposaient – et passant un petit coup de torchon sur le comptoir pour enlever quelques miettes laissées en plan. Elle était contrariée. Contrariée que Frédéric ne se soit pas occupé de la chose lui-même, ne lui en ait pas parlé avant … depuis combien de temps ce mot était-il sur le réfrigérateur ? La veille ? La semaine dernière ? Et Délia, évidemment, ne lui en avait pas non plus parlé …

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Délia Gomez




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MessageSujet: Re: Affaires de famille [pv Délia]   Lun 16 Avr - 17:44

Lorsqu’elle entendit la voix impérative de sa mère, Délia s’immobilisa un bref moment, les sourcils froncés, les lèvres pincées, le regard fuyant. Qu’avait-elle fait cette fois-ci? Une rapide analyse des jours précédents ne l’aida en aucune façon. Ses résultats étaient bons, aucune nouvelle désastreuse ne s’était échappée de la bouche volubile de ses deux amies et ne s’était nichée au creux des oreilles de la cruelle Victoria Gomez. Quoique… Cette horrible madre pourrait considérer un pas de travers comme la fin du monde. Délia, résignée, un brin abattue, soupira de lassitude et, déposant son sac près de son lit, rebroussa chemin jusqu’au rez-de-chaussée à la recherche de Satan personnifié.

En chemin, elle croisa son frère qui sortait de la salle de bain. Il lui adressa un sourire mauvais, amusé et, en guise de punition pour son effronterie, la jeune fille lui décocha un coude aiguisé entre les côtés. Les yeux de Zachery s’arrondirent de manière saugrenue et son visage se colora d’une jolie teinte blafarde, il se plia aussitôt et, tendant la main, agrippa fermement la longue chevelure emmêlée de Délia. S’en suivirent des insultes ampoulées, une lutte chaotique vite interrompue par les clameurs de Victoria. Zachery profita de cette occasion pour repousser sa sœur et s’élancer vers sa chambre, claquant sèchement la porte derrière lui.

« Je l’imagine bien la barricader et glisser ses meubles devant… »

Délia, malgré sa petitesse, avait toujours été plus robuste que son frère grand et mince, et bien plus forte. Le maîtriser ne s’avérait pas bien compliqué. Remettant de l’ordre (geste inutile sans doute) dans sa chevelure et lissant nerveusement ses vêtements, la jeune fille entama la marche vers la potence. Peu importe le méfait accompli, elle méritait la mort. Sa mère était un bourreau impitoyable. Celle-ci l’attendait dans la cuisine, les bras croisés sur sa généreuse poitrine, un papier chiffonné maintenu entre ses longs doigts frêles. Son regard, venimeux, ne fit qu’encourager les idées noires de sa progéniture.

« J’espère que ce n’est pas au sujet du pot de Sheree ou des garçons qui se glissent comme des ombres dans notre dortoir pour venir la soulager de ces bas instincts, comme le répète si bien Kathryn… ou de nos petites excursions dans des boîtes de nuit où les amis de Sheree nous laissent entrer ou bien de… »

-Qu’est-ce que j’ai fait? Marmonna Délia qui évitait prodigieusement de rencontrer les yeux flamboyants de sa mère en ouvrant la porte du réfrigérateur.

Ce dernier brillait par l’absence de nourriture et de breuvage, elle ne vit qu’une bouteille de bière et une de vin blanc. Sans doute sa mère verrait-elle d’un mauvais œil qu’elle se serve de l’alcool. Pour Victoria Gomez, sa fille se distinguait par la pureté et la chasteté sur tous les aspects. À ces yeux, sa charmante petite fille, bien que paresseuse, maladroite, têtue et curieuse, ne pouvait s’adonner aux péchés humains, soit à l’alcool, à la drogue, au sexe et aux garçons. Cette dernière entité diabolique était vraisemblablement la pire de la sélection, pire que le sexe lui-même.

Déçue, Délia referma la porte du réfrigérateur et se détourna vers sa mère qui, finalement, lui présenta le morceau de papier sur lequel étaient transcrits hâtivement quelques mots.

-J’imagine que je ne t’avais pas prévenue… ? Bon, écoute, ce n’est pas bien grave, et puis, ce message date probablement de… euh…

Délia compta rapidement sur ses doigts.

-Quatre semaines. Sérieusement, maman, je n’ai vraiment pas besoin de cours supplémentaires.

Riante, fébrile, Délia entreprit d’ouvrir toutes les armoires à la recherche d’une quelconque forme de nourriture. Du moins pouvait-elle éviter de regarder directement Victoria Gomez dont la bonne humeur (si bonne humeur avait déjà existé) périclitait à vue d’œil. Par chance, elle découvrit, au terme de son exploration, un vieux sac de chips.

-J’ai de très bons résultats. Bon, c’est de la création, mais ça stimule quand même mon petit côté intellectuel, non? Beurk, elles sont toutes molles, ces chips. Faudrait peut-être aller au marché, non? Tu sais de quoi j’ai envie? De fish and chips, et de chocolat. J’ai fait du sport aujourd’hui, alors je peux manger gras un peu, non? On pourrait peut-être écouter des films aussi, non? Un truc à l'eau de rose? Ma vie en ruine, hein? Ça se passe en Grèce, et le personnage principal est vraiment mignon, on pourrait écouter ça? Ou des Buffy, ça serait on aussi. Bon, c’est pas trop ton truc, mais je suis sûre que tu aimerais ça. Le perso, Buffy, c’est une espèce de blonde dominatrice et castra…

Délia aurait pu continue ainsi encore bien longtemps avant que sa mère ne l’interrompe d’un geste péremptoire de la main. Affligée, l’adolescente boucla son clapet et patienta, non sans mal, jusqu’au moment où sa mère déciderait de la gronder.

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Victoria Gomez




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MessageSujet: Re: Affaires de famille [pv Délia]   Jeu 3 Mai - 7:48

Ses enfants avaient bien compris une chose. Qu’est-ce que j’ai fait ? Un moyen habile de faire comme si on ne savait pas de quoi il était question, comme si pendant un instant, ils allaient laisser planer le doute qu’ils n’avaient rien fait de mal. Alors qu’en fait, ils veulent seulement savoir de quel crime on les accuse pour ne pas en avouer un autre qui n’attend qu’à sortir au grand jour. Victoria le sait : elle employait la même technique dès que ses parents lui demandaient des comptes. Elle devinait qu’à l’instant même, sa fille passait en revue tout ce qu’elle avait accompli de critiquable dans les derniers jours. Les générations se suivent et se ressemblent, pensa Victoria. Celle-ci décida de mettre fin à la torture mentale de sa fille en lui montrant le papier qu’elle venait de lire, que son père avait pris le temps – façon de parler – de coller sur le réfrigérateur. En fait il avait du griffonner ce bout de papier à la hâte pour pouvoir s’occuper d’autre chose et l’avait laissé en vue pour que sa femme le trouve et gère la crise elle-même.

Mise devant son méfait, Délia se mit soudain à parler, parler et parler, comme elle le faisait toujours quand elle essayait de se tirer d’un mauvais pas … ou qu’elle était mal à l’aise … ou qu’elle était heureuse … ou qu’elle était triste. En fait, elle parlait tout le temps. Mais l’embarras lui faisait automatiquement augmenter son débit, comme si, n’arrivant pas à choisir une explication, décidait de tout balancer ce qui lui passe par la tête, même les plus grossières contradictions. Victoria se demanda si elle avait déjà été ainsi. Non, pensa-t-elle. Ses parents enrageaient de sa calme arrogance, de sa manière de toujours avoir le dernier mot sur tout. Au moins n’avait-elle pas à gérer ce genre d’attitude avec sa fille. Plutôt avec son fils. Elle interrompit le babillage de sa fille d’un geste sec de la main et posa à plat le papier sur le comptoir, le tourmentant du bout des ongles avant de se mettre à parler.

« Délia, tes talents en art sont fabuleux, j’en conviens, et tu iras sans doute loin dans ce domaine. Mais tu ne dois pas oublier que derrière un plan Art, tu dois aussi avoir un plan Réaliste, au cas où ça ne fonctionnerait pas. Si tu te plantes, tu te retrouveras avec le néant devant toi. Tu ne pourras pas postuler sur de bons emplois parce que tu accordes mal tes verbes, tes genres et tes nombres, parce que tu ne veux pas savoir ce qui s’est passé avant le jour d’aujourd’hui dans le monde, parce que les chiffres sont pour toi un casse-tête chinois. Tu dois, Délia, mettre d’autres cartes dans ton jeu : tu ne vas pas loin au poker quand tu n’as qu’un as en main. »

Allusion maline au dernier mauvais coup en date de Délia, quand Victoria avait découvert qu’elle et Sheree participaient à des tournois de poker dans la résidence d’un autre élève. Et qu’il y avait de l’argent en jeu. Et encore … Victoria soupçonnait franchement qu’il y avait aussi des vêtements en jeu.

« Ne viens pas me dire que tu n’as pas de problème et que tu n’as pas besoin de cours particuliers. Tu échoues partout où l’art n’est pas impliqué, et tu as fait fuir quatre professeurs privés qui pensent tous qu’ils se sont acharnés pour rien et que tu n’y arriveras jamais. Tu n’as pas envie de les faire mentir, et de t’y mettre sérieusement ? »


Il y avait une autre question aussi : mais qu’est-ce qu’elle pouvait bien leur faire pour qu’ils décident tous de renoncer à un bon salaire ? Il est certain que sa capacité de concentration était limitée et que ça pouvait venir à bout de la patience de plus d’un, mais tout de même … Quatre ! Est-ce qu’elle finirait par trouver quelqu’un qui serait en mesure d’aider sa fille ? Elle avait toujours engagé des gens compétents, sérieux, axés sur leur matière comme si leur vie en dépendait. Peut-être devrait-elle changer de formule pour le prochain. Quelqu’un qui pourrait intéresser Délia, la motiver, lui faire croire que les maths, la langue et l’histoire la passionnent …

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